Jeudi 15 mai 2008

Depuis tout petit je suis intrigué par le foisonnement du monde. Cette sorte d’abondance omnipotente et ubiquiste qui développe parfois de lénifiantes rêveries. Mais dans cette tentative d’accroche à l’existence, j’ai d’abord, dans mon jeune âge, naturellement penché pour une appréhension globale des choses. Je levais souvent la tête vers les étoiles, j’observais la force de la dimension de l’univers. L’intrigue existentielle venait de la largeur, du brouhaha, de l’opulence, du vaste, de l’existence totale et complète des choses. Il suffisait de mettre un pas dans la rue pour éprouver la présence même du monde, comme une claque au visage. Et ensuite, au fond de soi, les sensations tentaient d’organiser un minimum cette puissance innéité de l’existence.

Quoique j’ai gardé cette tendance stupéfaite à la considération spontanée, je m’aperçois avec les années que je suis de plus en plus sensible non plus à cette agitation globale, mais aux détails du monde. L’univers ne s’est pas simplifié pour autant et le rapport émotionnel est exactement du même ordre, que l’on plonge dans les profondeurs du vaste et de la présence éclatante des choses, ou bien que l’on se penche sur les mille saveurs de la succession des jours. Car le monde a un goût, et ce goût se trouve dans le parfum des rues, dans le sourire ou les pleurs des gens, dans les teintes lumineuses, dans les minuscules fascinations quotidiennes. Désormais, il s’agit de détecter les arômes de ce qui m’entoure.

Ce que l’on découvre alors est passionnant : mille milliards d’harmonie, de lutte et de subtilité poétique. D’où l’importance de savoir sublimer l’instant par ces éprouvés sporadiques. Je crois aussi que l’écriture participe à ce mouvement d’amplifier les choses à l’aide de telle ou telle histoire.

Quand Sartre décrit une journée, il dit que les « objets fixent l’existence »… En rentrant dans le détail, nous rentrons dans l’infini, et, par conséquent, dans l’abondance et la quiétude…


 

Peinture : Vladimir Kush

par Vanden publié dans : Monde Bleu - Pensées
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Samedi 10 mai 2008

 

Tandis que je sirote lentement les 1167 pages de « C’est ainsi que les hommes vivent » de Pierre Pelot, en jetant de temps à autre des yeux fascinés sur une relecture de La Nausée, de Sartre, je me suis offert un petit break. Il me fallait un roman court, intriguant, sensible. Il en existe des tonnes mais c’est décidément Philippe Claudel qui me surprend une fois de plus avec « La petite fille de Monsieur Linh. »

 

 

Cette histoire n’est rien d’autre qu’un fulgurant flash émotionnel. De ceux qui zèbrent d’un coup l’esprit en nous laissant les yeux dans le vide pendant quelques instants une fois la dernière page tournée.

 

Après avoir fuit son pays en guerre, Monsieur Linh débarque avec sa petite fille dans un camp de réfugiés, sur les côtes d’un pays dont il ne connaît ni la langue, ni la culture. L’auteur oppose deux mondes très différents, celui de Monsieur Linh et de sa petite fille, chargé d’émotion, de familiarité, de tendresse ; et celui d’une gigantesque ville floue, hostile, percée d’existences filantes et désordonnées.

Le lecteur suit dans ce court roman les maladresses du vieil homme, son errance touchante, la naissance d’une formidable amitié. Claudel ne décrit jamais la ville : il la fait sentir, tourmentée, insaisissable, affublée d’une pesanteur considérable. Au milieu de ces vagues bondissantes d’humains, un homme seul, minuscule, sans importance, accroché à l’univers par le souci de l’altérité et de la vie.

 

Ici, l’existence se dilue dans l’autre. Monsieur Linh n’a pas de nuances : pas d’entremêlement des traits de caractère, d’estompage ontologique, de balancement existentiel entre le bien et le mal. Le personnage s’élance vers le monde comme une jolie bulle au milieu d’une tempête.

 

Philippe Claudel nous livre une histoire magnifique et nous rappelle au passage que l’être humain n’a pas toujours besoin d’être complexe. Parfois il s’engage vers des sentiments simples et solides, négligeant avec respect l’absurdité de sa présence sur la Terre.

 

Et ça, ça fait du bien…

par Vanden publié dans : Monde Violet - Littérature
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Samedi 3 mai 2008

 

L’œil n’entamait-il pas une folle course paniquée en cherchant vainement une cachette saine au milieu de toutes ses lignes délirantes ?

Aussi s’épargnait-on bien assez en se détournant de ces gourbis tourneboulés, dressés sur des mœllons moisis, boueux, grouillant de plantes entortillées comme un filet jusqu’aux toitures écaillées. Les murages, tantôt pâteux, tantôt ridés de fange, étaient taillés comme des muscles et formaient, dans cette cavale fantastique de l’imagination, des organes secs, affalés sur des sentiers poussiéreux. A l’approche de la place du village, au détour des premières ruelles et de quelque escalier de pierre rayée, éclatée, s’épanouissait une distribution inquiétante de la géométrie. Les maison, reliées par des vieux fils électriques rongés, se durcissaient d’une consistance rocailleuse, aux bordures impulsives, parfois tranchantes comme du silex, et se dépassaient l’une l’autre en grimpant vers la mairie, une battisse hantée à clocheton et balustrade. L’église, hérissée de flèches, anormalement ballonnée au milieu des modestes chaumières, piquant vers des cieux tournoyant, défiait l’ambiance fainéante et silencieuse du paysage. En ces journées de soleil, la lumière affaissait de longues ombres sur le sol, dans une atmosphère éclairée et immobile.


In L'éternité de l'Enigme - extrait.
par Vanden publié dans : Monde des Songes - Ecrits
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Vendredi 2 mai 2008

 

Et bien voilà, ça m’apprendra à faire le pont et à sauter sur le facteur à peine a-t-il déposé sa petit mobylette jaune contre le mur de mon immeuble. Les éditions Liana Levi ne souhaitent pas publié mon manuscrit. Non non non ! Et moi qui me voyait déjà à côté de Milena Agus dans n’importe quelle Fnac… (comment ça de « l’ambition démesurée et irréaliste » ?)… Du coup il ne reste plus qu’une seule solution, courir chez Auchan acheter un Caol Ila, 12 ans d’âge, et monter sur le toit en se lamentant toute la nuit sur la condition des êtres humains sur la terre.

 

Si vous entendez des rires se déployer dans le silence de cette nuit, ce sera moi !

 

Allez, sans rancune envers Liana Levi, le roman n’est certainement pas à la hauteur, tout simplement, du travail, et encore du travail… Ecrire, écrire, écrire, écrire, écrire, écrire, écrire, écrire, écrire…

par Vanden publié dans : Monde Blanc - Quotidien
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Mardi 29 avril 2008

– Jérémie, Jérémie, tu t’EPARPILLES ! T’es où là, précisément ?

– Là, je me fragmente, je me morcelle, une salve émotionnelle craque dans ma tête.

Elle soupire, désespérée.

– T’as fêté tes un an de blog ?

J’aspire de l’air entre les dents. Je baisse la tête, puni.

– Non, non, non…

– Tu trouves ça normal ?

– Ta voiture est en train de se faire écraser par un tank enflammé, là, derrière.

Elle tourne la tête, happée par l’irréalisme de cette sublime plaisanterie.

– Pas drôle.

– Inspiration zéro. Désolé.

– Tu crois que ça va t’arranger de faire un blog ?

– Bah…

– Et qu’est-ce que tu racontes de beau sur ton machin ?!

– Tout et rien. La consistance des choses, l’organisation que les êtres établissent avec le monde, les livres, l’irrégularité émotionnelle de la vie, les songes sporadiques, un peu de sensibilité vaine sur notre présence dans l’univers, je cherche les fondements de la blague cosmique.

– Continue et je te fais interner.

– Mais parfois, je cherche un éditeur.

– Tu ferais mieux d’écrire un BON livre.

– Je vais me pendre.

– Pas question, tu dois d’abord dire que ton blog a un an.

Elle tapote ses doigts sur la table, sourit, baisse la voix.

– Bon… bon anniversaire quand même.

Je pleure, tant d’émotions tout à coup. Je magouille un truc imaginaire avec mes mains.

– Tu vas pas me faire interner, hein, dis ?

– Ah ça, on verra…

 

 

Tout ça pour dire que ce blog a un an. Merci à tous celles et ceux qui sont passés par ici, celles et ceux qui ont laissé un petit commentaire, merci surtout à celles et ceux qui reviennent. Se divertir un peu, lambiner, chasser la vie avec des morceaux de songes, juste ce qu’il faut en attendant de nouvelles rêveries...

 

 

par Vanden publié dans : Monde vert - Humour
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Samedi 19 avril 2008

 

C’est les VACA NCES !!!! Enfin ! Ce blog s’interrompra le temps de mon départ, près de l’océan, au milieu de l’univers, avec le seul bruit des étoiles et du ressac… Je sens déjà les exhalaisons iodées et la brise marine s’entortiller avec véhémence dans le grand bazar émotionnel de la contemplation, du calme, de la serénité…

Chuuuutttt...

A bientôt,

Jérémie


 

Quelques dernières infos glanées ci et là :

1 - le concours des Blogauteurs est repoussé au 15 mai

2 - un appel à textes ICI.

3 - une nouvelle maison d'édition ? Chez Elisabeth.

4- félicitations à Jérôme pour sa publication

5 - En ce qui me concerne, pas de nouvelles (du moins dans le domaine littéraire parce qu'ailleurs...). Gros travail de réécriture en cours...



par Vanden publié dans : Monde Blanc - Quotidien
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Lundi 14 avril 2008
Une question épineuse (et un peu coup de gueule je l’avoue) qui ressort de discussion régulière que j’ai avec certains collègues : nous nous demandons parfois si l’art est toujours une bonne chose pour l’être humain ? Ne croyez pas à la vanité ou à l’inutilité d’une telle question car des conséquences très concrètes existent selon la réponse. C’est avec ce genre d’idée par exemple que l’on a soigné des patients psychiatriques il y a encore quelques années, qu’est né le célèbre mouvement de l’Art Brut (exposition de peinture faite par des personnes schizophrènes par exemple), ou que l’on prône des modes de vie ou des idéologies qui peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la vie. Ce n’est pas une question abstraite, encore moins lorsque l’on sait que certains mouvements théoriques de la psychologie voient dans l’art une forme d’expression vertueuse de la condition humaine.

Je voue à l’art une quantité considérable d’investissement. L’écriture et la musique notamment occupe la plupart de mes pensées et de larges émotions sont déployées dans ces activités qui, je le pense, intensifie un peu la vie, lui donne de l’arôme. Mais croire que l’art permet à chacun de nous d’élever sa condition est d’une redoutable absurdité.

On cherche à peu près tous, je l’espère, une forme de société disons plus développée. J’entends ici certains critères comme la sublimation des mouvements violents, la réduction du halo sémantique afin de permettre une meilleure communication, la coopération pour le confort et la stabilité, la mise en avant de préoccupation existentielle plus poétique et élevée… L’art est effectivement l’un des chemins qui conduit vers ces projets (utopies ?) mais tout dépend dans quel contexte il est exercé. Il résonne différemment selon les personnalités, les époques, les espaces géographiques. Et j’ai vu bien des femmes et des hommes aggraver leur existence avec leur art. Parfois même jusqu’à en nier la réalité (l’exemple du solipsisme est formidable) ou jusqu’à accentuer leur tourment de manière considérable.
L’art, quand il est mal maîtrisé peut faire souffrir un individu (voir un pays) et conduire à un enfermement ou à des bizarreries catastrophiques, complexes, irréelles. Il ne produit plus alors de l’épanouissement pour les existants mais annonce bel et bien une fabuleuse descente aux enfers (narcissique, délirante, hermétique, asociale, etc., selon le registre dans lequel on se situe).

Comme les idées et la pensée, l’art est un formidable outil de l’évolution, mais encore nécessite-t-il d’être manié avec précaution…
par Vanden publié dans : Monde Rouge - Rage Immobile
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Jeudi 10 avril 2008
Pas eu le temps d'écrire un billet hier soir, j'étais à Bercy pour admirer le son délicieux de Mark Knopfler... J'ai encore le claquement étoilé des cordes dans la tête...

Vous ne connaissez pas? Mais si, mais si.... L'ex chanteur-guitariste de Dire Straits...

Celle là, il nous la faite.... Brothers In Arms

Quelques friselis d'existence...
par Vanden publié dans : Monde Blanc - Quotidien
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Samedi 5 avril 2008

 

Voilà bien longtemps que je n’avais pas mis le nez dans une aventure pareille !

 

Pierre Pelot nous plonge dans l’été brûlant de l’année 1957 et nous narre avec talent les péripéties rocambolesques d’une attachante bande de gamins. Une ribambelle de personnage délicieuse qui traîne dans les rivières et les forêts, font des cabanes, attaquent des trains à coup de flèches, déclarent la guerre à une autre bande, découvre les émois amoureux, et la consistance étrange des adultes, bref, se prépare un destin qui, pour certains, va prendre une tournure existentielle tragique. Coloré et expliqué par le récit principal, l’auteur mène en filigrane une autre histoire, située en 2004, dans laquelle le lecteur suit le procès d’un meurtrier et la présence au village nostalgique et légèrement fasciné de Barthe.

 

Je passe rapidement sur la performances littéraire de Pierre Pelot qui dresse des personnages attachants au milieu d’un récit initiatique passionnant. Le champ lexical est harmonieux et drôle, les dialogues sont d’une spontanéité et d’une vivacité extraordinaire, les scènes, les actions lèvent magiquement tout un monde, si bien que l’on suit le récit accompagné de tout un tas d’images dans la tête. On voit les vallons, les arbres, les crépuscules, on sent l’herbe, la terre, le bois, on guette le mouvement des existants, les disputes, les émotions, les pensées, on aimerait être avec eux, dire bonjour à Zan, Tipol, Belette, Tonto, Zita, Angèle, Jean-Claude, l’écriture immerge notre âme et l’apaise pendant toute l’aventure.

 

Au fur et à mesure, le récit s’assombrit, infiltré par les tourments et les mouvements fous de l’humain. L’existence, tiraillée par les interactions humaines, s’éveille et s’aggrave, entre en conflit avec le monde et la poésie, s’éloigne vers la solitude et se sépare, par une autonomie déraillée, de la beauté et de la douceur.

 

Pierre Pelot joue sur tous les tableaux, de la candeur à la plus sournoise des passions, il place ses êtres dans le tumulte et l’aventure et parfume l’ensemble d’un décor épuré, naturel, naïf.

 

Bref, il réussit un pari simple et efficace : nous raconter une belle histoire, émouvante, intelligente et équilibrée.

A lire !


 

Méchamment dimanche, éditions Héloïse D'Ormesson, prix Marcel Pagnol

par Vanden publié dans : Monde Violet - Littérature
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Mardi 1 avril 2008

 

Je devais normalement gribouiller pour ce post un petit commentaire sur Méchamment Dimanche de Pierre Pelot (un livre extraordinaire !) mais l’actualité malheureusement négative de mes envois tragiques de manuscrit prend le pas sur ces réflexions.

 

 

La réponse vient du Diable Vauvert : ils ne souhaitent pas éditer le manuscrit !

Hourra !

 

Une deuxième petite chose aussi,  une toute petite note dans un billet de Gilles Cohen Solal, éditeur chez EHO : « Merci Loïs de Murphy de m'avoir laissé exprimer, après une journée à refuser des mauvais textes, à quel point je trouve qu'aujourd'hui c'est probablement dans cet endroit curieusement appelé "Blogosphère" que l'on trouve certains des meilleurs critiques littéraires. » Le thème qu’aborde Mr Solal suite au billet de Lois de Murphys est très intéressant mais quand je sais que mon tas de papiers chaotiques est quelque part dans un des bureau de la maison, il me monte une poussée paranoïaque sur ces « mauvais textes »… Brrrrr….

 

Je sens qu’un long travail de sculpture autour du manuscrit s’annonce… Se remettre à écrire ? Tant mieux, l'histoire manque à mes rêveries...

 

Alors qu'on se le dise : Mon premier refus officiel est donc arrêté au 1er Avril ! Hip Hip Hip ! Vous croyez que chez le Diable ils ont assez d’humour pour faire des poissons ?

 

Mmm…

par Vanden publié dans : Monde Blanc - Quotidien
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