Depuis tout petit je suis intrigué par le foisonnement du monde. Cette sorte
d’abondance omnipotente et ubiquiste qui développe parfois de lénifiantes rêveries. Mais dans cette tentative d’accroche à l’existence, j’ai d’abord, dans mon jeune âge, naturellement penché pour
une appréhension globale des choses. Je levais souvent la tête vers les étoiles, j’observais la force de la dimension de l’univers. L’intrigue existentielle venait de la
largeur, du brouhaha, de l’opulence, du vaste, de l’existence totale et complète des choses. Il suffisait de mettre un pas dans la rue pour éprouver la présence même du
monde, comme une claque au visage. Et ensuite, au fond de soi, les sensations tentaient d’organiser un minimum cette puissance innéité de l’existence.
Quoique j’ai gardé cette tendance stupéfaite à la considération spontanée, je m’aperçois avec les années que je suis de plus en plus sensible non plus à cette agitation globale, mais aux détails du monde. L’univers ne s’est pas simplifié pour autant et le rapport émotionnel est exactement du même ordre, que l’on plonge dans les profondeurs du vaste et de la présence éclatante des choses, ou bien que l’on se penche sur les mille saveurs de la succession des jours. Car le monde a un goût, et ce goût se trouve dans le parfum des rues, dans le sourire ou les pleurs des gens, dans les teintes lumineuses, dans les minuscules fascinations quotidiennes. Désormais, il s’agit de détecter les arômes de ce qui m’entoure.
Ce que l’on découvre alors est passionnant : mille milliards d’harmonie, de lutte et de subtilité poétique. D’où l’importance de savoir sublimer l’instant par ces éprouvés sporadiques. Je crois aussi que l’écriture participe à ce mouvement d’amplifier les choses à l’aide de telle ou telle histoire.
Quand Sartre décrit une journée, il dit que les « objets fixent l’existence »… En rentrant dans le détail, nous rentrons dans l’infini, et, par conséquent, dans l’abondance et la quiétude…
Peinture : Vladimir Kush



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