Je viens de lire un article très intéressant dans le magasine Ecrire,
n°101, qui établit une distinction entre le Beau et le Sublime.
En s’appuyant sur Kant, Marie Martin, la journaliste, associe le Beau à une impression d’harmonie ; de complétude, « une exquise proportion entre le tout et les
parties ». « Le beau, écrit-elle, nous touche mais il ne nous transporte pas, il se suffit à lui-même. »
En revanche, la propriété première du Sublime est celle du transport. Il enveloppe notre âme, amplifie le réel, participe à un gigantesque et colossal mouvement de gonflement du monde, et nous élève tout entier à des dimensions ineffables. Pour l’auteur, trois conditions sont nécessaires : « Il faut être touché, être
transporté, être submergé. » Et elle prend des exemples : « Le spectacle d’une prairie en fleurs peut être beau ; mais celui d’une tempête à la pointe du Raz
peut être sublime. »
Pour ma part, je comprends parfaitement où elle veut en venir. Il existe dans la littérature de véritables envolées existentielles ; de celles qui consolent un peu du monde et qui
participent à l’accroissement des êtres. Le sublime est probablement une finalité en soi car il s’associent à la plus formidable des émotions : l’émerveillement.
« Par une sombre route déserte, hantée de mauvais anges seuls, où une Idole, nommée Nuit, sur un trône noir règne debout, je ne suis arrivé en ces terres-ci que nouvellement d’une extrême et
vague Thulée »
Edgar Poe – Terre de songe – Poèmes.
« Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe,
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs. »
Victor Hugo – Les Contemplations.
« De l’éternel Azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poète impuissant qui maudit son génie
A travers un désert stérile de douleurs. »
Stéphane Mallarmé – Poésies.
Les deux autres billets sur la belle phrase sont ICI et ICI.
Commentaires Récents