Mardi 11 décembre 2007

Si, mué par quelques intrigues quant aux angoisses qui remuent normalement les êtres humains, on essaie d’établir un panorama général des phénomènes à fort potentiel perturbant, on se confronte rapidement, dans la littérature ou dans la vie quotidienne, au thème de l’absence. Combien d’auteurs ont tenté de peindre et de penser ce thème fort pénible ? Loin des considérations esthétiques et poétiques, l’absence est une bizarrerie psychique. Et pour cause, l’absence a différentes couleurs et quand bien même ai-je utilisé le terme de « pénible » pour désigner son évocation, le phénomène est bien plus nuancé.

L’absence, en réalité, loin de considérer qu’elle s’amuse avec la présence, fait exister les choses. Si les choses sont absentes, c’est qu’elle existent (y compris sous forme de représentation). Mais surtout, l’absence est une gigantesque surface de projection émotionnelle et historique.

Prenons le cas, le plus fréquent en littérature, de la disparition (le départ, la mort, la fuite, la séparation) d’un être cher. Au-delà des sentiments de tristesse, ou de joie selon, qui surviennent, il va se passer une variation étrange : la personne absente va continuer a exister dans l’esprit tout en étant déformée par de nouvelles attributions. En d’autres termes, nous fantasmons l’absence, et par ce biais, nous pouvons gratifier l’absent d’une idéalisation massive ou bien d’une dévalorisation qui peut lui être proportionnelle. Dans tous les cas, la personne disparue ne sera plus la même, mais modelée par nos émotions et nos souvenirs, des évocations peu fidèles, loin de l’objectivité.
L’absence est donc au-delà de la réalité, elle fait exister les personnes (dans notre exemple) en les transformant. Dans les cas positifs, l’absence devient un conte, à savoir une chaîne représentation, qui tisse l’histoire d’un être. La fiction en est la preuve suprême puisque l’écrivain travaille sur des personnages par définition absents. Fort de cette liberté, il peut alors manier des réalités à sa guise.
C’est toute la puissance parfois triste et tragique de l’absence : en extrayant les émotions, elle nous plonge directement au milieu d’un mouvement de tiraillement entre la réalité et notre monde interne…

Par Vanden - Publié dans : Monde Bleu - Pensées
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Jeudi 6 décembre 2007

non.jpg « Non. »

Combien de fois émettons-nous cet étrange son qui ressemble à une onde, qui marque l’arrêt, parfois brutal des discours, des comportements et des attitudes ? Comment un si petit mot, ce si petit bijou, parvient-il à prendre des proportions si colossales ?

Le terme « non » recèle en lui-même une singulière puissance. En jargon psychologique, on l’appelle un organisateur. Et pour cause, l’accession au non relève d’un processus complexe, loin de la banalité de son utilisation quotidienne. Et quand bien même la plupart des gens considèrent-t-ils ce mot avec indifférence, ils ne se rendent pas bien compte de l’enjeu existentiel qui se dissimule avec grand art derrière ces trois minuscule lettres. Il faut savoir que le non n’est pas un terme acquis d’emblée dans le langage et que sa survenue, après 1 an d’existence, est une véritable révolution sociale et psychique. C’est à ce titre que le non a le statut d’un organisateur, c’est à dire le vecteur de tout un ensemble de processus qui s’assemblent pour que l’être se développe et accroisse sa relation avec le monde.

Pour l’enfant, l’émission d’un non est le signe tangible d’une affirmation identitaire. Par cette opposition, non seulement il signifie à son entourage qu’il est capable de le juger, mais davantage, il lui apprend qu’il est désormais une personne unique et différenciée, capable de s’exclure des volontés externes (souvent celle des parents). Aussi d’ailleurs, bon nombre d’enfants en profitent et testent, d’une certaine manière, la solidité de leur existence par la redondance à bien des reprises irrationnelles de leur nouveau pouvoir. Autrement dit, dire « non » équivaut à dire « je » et façonne par là même les premiers choix ontologiques de l’être.

En somme, le non est un processus vital de dégagement de l’être et un outil remarquable pour commencer la création de son propre univers mental.

Je crois que l’écriture est une forme évoluée du non originel, une sorte de gigantesque refus de l’absurdité du monde et un moyen fécond pour conserver la tension identitaire.

Non ?

Par Vanden - Publié dans : Monde Bleu - Pensées
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Lundi 3 décembre 2007

La blogopshère est une sorte d’immense univers informatifs sur le monde, son état, la merveilleuse et absurde vie des êtres humains. De temps à autre, entre deux billets, je proposerai désormais une découverte à peine perdue dans ce colossal flot mouvant.

C’est l’éditeur Léo Scheer qui propose une initiative originale en projetant en ligne un manuscrit libre et gratuit. De toute évidence, mettre en ligne un texte n’est pas une révolution en soi mais lorsque le phénomène émane d’un véritable éditeur, il contient assez d’intrigue pour chatouiller la curiosité.

Le projet, si je l’ai bien compris est avant tout de soumettre à la réflexion les nouveaux supports de lecture, notamment le support numérique. Bien sûr, nombreux vont être ceux à penser que c’est l’occasion rêvée de se faire connaître (après une longue dispute avec moi-même, je crois que je fais parti des « nombreux »…) et de s’exposer, avec courage et passion, aux notes critiques des lecteurs.

Le projet a probablement des avantages mais n’est peut-être pas non plus exempt de conséquences sur le milieu littéraire. Toujours est-il que pour ceux que les problématiques éditoriales ne concernent guère, voici de la prose toute offerte, comme si l’on se baissait pour cueillir une fleur…


Le site : http://www.leoscheer.com/spip.php?page=manuscrit
Par Vanden
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Samedi 1 décembre 2007

herman-ok.jpg Christensen est un auteur que j’admire profondément depuis la découverte du Demi-frère. Aussi me suis-je rué en caracolant sur Herman, quand, enfin, il m’apparut soudainement, en version poche, sur l’une des étagères de mon libraire, telle une vision divine et miraculeuse. Je suis même rentré, à pied, avec un sourire ostentatoire tellement avais-je hâte de me plonger dans l’univers poétique de l’auteur. Or, ne prenons-nous pas le risque de la déception lorsque l’on surveille avec autant d’attention les promesses d’un livre ?

Il m’a suffit des cinq premières pages pour comprendre que mon sourire n’allait disparaître qu’au point final. Herman raconte l’histoire d’un petit garçon de 11 ans atteint d’une maladie rare dont la conséquence est la perte progressive des cheveux. Il doit alors affronter  successivement les moqueries, l’inquiétude et, ce qui lui causera nombre d’interrogation, la compassion et la pitié. Mais au-delà de ce thème de société, Christensen nous plonge, comme il sait si bien le faire, dans un véritable univers fantastique, alimenté d’une poésie légèrement amère et sapide. Dès les premières pages, Herman croit qu’il va devenir un arbre parce qu’il a mangé une feuille, pense que l’une de ses camarades à la flamboyante chevelure rousse a des nids d’oiseaux dans les cheveux, que son père qui travaille sur un chantier peut voir l’Amérique du haut de sa grue. Et l’ensemble du livre se déroule ainsi, sous les yeux ébahi du lecteur qui découvre d’infimes trouvailles au fils des pages.

Christensen a ce don étrange de la littérature : il laisse au lecteur le choix du monde qu’il préfère. Tel une infini variation d’entremêlement, il mélange de l’extraordinaire à la vie de tous les jours ; une vie pas toujours drôle et très précisément réelle. Autrement dit, il peint avec méticulosité ses personnages et les exigences de la vie quotidienne en nous berçant, par un arrière-fond très travaillé, d’une douce musique qu’il nous est permis d’écouter à loisir. Je crois qu’en ceci réside le message principal de l’auteur, que derrière la vie, quand on le veut, où on le veut, on peut toujours en appeler à une douce musique intérieure et injecter à la réalité de l’émerveillement.

Je vais écouter, aujourd’hui, quelle intrigante mélodie murmure le monde…

Par Vanden - Publié dans : Monde Violet - Littérature
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Mardi 27 novembre 2007

Il existe, parmi certains poètes et certains scientifiques du développement, des personnes qui se sont posées une drôle de question : Motivées par l’Enigme, elles se sont demandées quelle était la première impression de l’être, c’est à dire celle d’un bébé qui découvre le monde dans lequel il va désormais devoir se façonner un avenir et maintenir la tension générale que l’on nomme la vie.

Sans doute l’estimation d’un tel sentiment est-elle risquée tant il est difficile d’évaluer ce que ressent un nouveau-né et l’on ne peut guère procéder par déduction logique. La méthode est donc problématique. Pourtant, d’aucuns ont fait le pari et toujours est-il que j’ai retenu l’idée que l’on vivait tous, au moment de notre naissance, un bouleversement esthétique. Ce bouleversement, dans le sens d’un traumatisme positif, serait la caractéristique la plus saillante de notre arrivée au monde. Autrement dit, une sorte de colossale impression esthétique. De toute évidence l’esthétisme désigne ici la forme du monde au sens global :  comment ce dernier est fait, comment il sent, comment il est dur ou mou, etc. Plus tard l’enfant apprendra les lois qui le régissent, notamment les lois physiques et les lois relationnelles entre les êtres humains.

En attendant, craignant que le monde n’attirasse davantage d’effroi, nous nous plongeons en entier dans celui-ci, comme une captation immédiate qui en appelle à tous nos sens. Probablement cette expérience primaire paraît-elle lointaine et peut-être un peu poétique, mais ne la négligeons pas pour autant car nous avons tous, lors de ce moment fondamental de notre aspiration vers le réel, découvert ce monde, notre monde, la manière dont il est fait.
Après tout, pouvons-nous imaginer qu’il en eût été bien autrement ? Bien sûr.

Alors... qui a été déçu ?

image : Carmen Meyer

Par Vanden - Publié dans : Monde diamant - Esthétique
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Vendredi 23 novembre 2007

route.jpg Comment, si l’on se lançait l’objectif prétentieux et presque hors de toute tentative ambitieuse de conceptualisation humaine, pourrait-on évoquer la vie ? D’aucune manière il ne s’agit de définir la vie et quand bien même le défi est-il des plus passionnant, l’espace accordé par le support du blog ne suffirait de toute évidence pas à présenter toutes les nuances que mérite un tel questionnement.
Si l’on s’en tient à considérer que les production de l’esprit, y compris les plus scientifiques ne sont qu’une approximation de la réalité, il me semble dès lors qu’il est possible de se lancer dans la délicate tache d’évoquer, simplement d’évoquer, la vie. A cet égard, est-il préférable de soutenir l’idée que la vie consiste en sorte d’animation cosmique et que finalement, tout ce qui obéit à ce mouvement d’animation est vivant. L’intuition est vague et ne peut que le rester tant ces questions sont abstraites, mais je crois que le vivant consiste en une tension générale du rapport au monde, à l’univers. Aussi l’être humain serait-il soumis à ce mouvement global et conflictuel qui l’oppose non pas vraiment au rien, mais plutôt à cette perte de tension (ce que Freud nommait en son temps le Nirvana).

Ainsi ne crois-je pas à l’instar de Sartre par exemple que c’est l’émotion qui organise les rapports de l’être avec le monde. Les modèles ontologiques proposés par la psychologie en appellent davantage à une sorte de conflit permanent qui se déroulerait à l’intérieur même de l’être et qui le maintiendrait dans ce rapport. Il faut noter qu’au stade très primaire de la cellule, des conflits aussi existent. L’être, ensuite, se façonnerait soit un rapport déficitaire au monde soit, au contraire, un rapport d’enrichissement colossal du monde vers l’être et inversement.

Dit autrement, l’épanouissement contre la non-vie

Par Vanden - Publié dans : Monde Bleu - Pensées
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Mardi 20 novembre 2007
annabel-lee.jpg Une fois n'est pas coutume, c'est aujourd'hui un poème que je souhaite partager, dans l'attente du billet qui va suivre sur l'auteur. Une si mélancolique mélodie ne peut à ma connaisssance n'être attribuée qu'à Edgar Allan Poe. Il ne nous reste plus qu'à écouter avec le coeur...

ANNABEL LEE


Il y a mainte et mainte année, dans un royaume près de la mer, vivait une jeune fille, que vous pouvez connaître  par son nom d'ANNABEL LEE, et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée que d'aimer et d'être aimée de moi.

J'étais un enfant, et elle était un enfant, dans ce royaume près de la mer ; mais nous nous aimions d'un amour qui était plus que de l'amour - moi et mon ANNABEL LEE ;  d'un amour que les séraphins ailés des Cieux convoitaient à elle et à moi.

Et ce fut la raison qu'il y a longtemps - un vent souffla d'un nuage, glaçant ma belle ANNABEL LEE ; de sorte que ses proches de haute lignée vinrent et me l'enlevèrent, pour l'enfermer dans un sépulcre, en ce royaume près de la mer.

Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux, vinrent, nous enviant, elle et moi. Oui! ce fut la raison (comme tous les hommes le savent dans ce royaume près de la mer) pourquoi le vent sortit du nuage la nuit, glaçant et tuant mon ANNABEL LEE.

Car la lune jamais ne rayonne sans m'apporter des songes de la belle ANNABEL LEE ; et les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les yeux brillants de la belle ANNABEL LEE ; et ainsi, toute l'heure de nuit, je repose à côté de ma chérie, - de ma chérie, - ma vie sans épouse, dans ce sépulcre près de la mer, dans sa tombe près de la bruyante mer.

Mais, pour notre amour, il était plus fort de tout un monde que l'amour de ceux plus âgés que nous ; - de plusieurs de tout un monde plus sages que nous, - et ni les anges là-haut dans les cieux, ni les démons de la mer, ne peuvent jamais disjoindre mon âme de l'âme de la très belle ANNABEL LEE.

Traduction : Stéphane Mallarmé
La typographie de la traduction de Mallarmé est respectée.


Par Vanden - Publié dans : Monde diamant - Esthétique
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Vendredi 16 novembre 2007

le-myst--re-des-dieux.jpg Sans doute Bernard Werber est-il l’un des auteurs qui divise avec force le système des critiques littéraires avec l’opinion du publique. Nombreux sont ceux qui lui reprochent notamment un style d’écriture pauvre et une vision quelque peu simpliste du monde. Pourtant, on le présente souvent comme l’un des rares français à avoir vendu des ouvrages dans le monde entier avec un chiffre qui approcherait les 15 millions de livres. Autant le dire tout de suite, je guette  l’auteur depuis plus de dix ans. Son extrême sympathie et sa manière de m’appeler « collègue » lors d’une séance de dédicaces au dernier salon du livre de Paris nuisent certes à mon objectivité mais pas de telle manière que je renierai le caractère indispensable de sa démarche littéraire.  Je reviendrai sur ce point tant moult idées tourbillonnantes se dégagent de son œuvre.

Le Mystère des Dieux clos la série des Dieux qui propulsait Michael Pinson, le héros des Thanatonautes, et ses amis, dans le royaume d’Olympie. Malgré les éloges dont je ne peux me passer tant le projet intellectuel qu’il met en œuvre est brillant, il faut bien avouer qu’on ne lit pas Werber pour la qualité de la prose. Le récit entraîne cette fois Michaël Pinson dans une gigantesque aventure cosmique où l’explication du lien entre tous les mondes est révélée. La lecture est rapide et volontairement facilitée par des effets visuels, des fins de paragraphe en suspens, l’utilisation massive des verbes d’action. Le schéma narratif en lui-même est toutefois perturbé par maintes incohérences et Werber, s’il s’intéresse à la création des mondes, n’est visiblement pas un spécialiste de la psychologie humaine. Bizarrement, l’orientation générale du texte a quelque peu changé et comporte des déceptions (Michaël devient subitement une sorte de play boy aux émotions labiles, parfois une sorte d’enfant à la réflexion franchement limitée et, phénomène que je n’ai pas compris de la part de l’auteur, un meurtrier !). Bref, Le mystère des dieux est loin d’être le meilleur Werber malgré une reprise sur les chapeaux de roues des aventures dans la troisième partie du livre et une conclusion sympathique.

Mais quand bien même l’ouvrage est-il plus déroutant que ses prédécesseurs (notamment les Thanatonautes et l’empire des anges), il n’en reste pas moins une recentration nécessaire sur les questions essentielles de l’existence humaine. Qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous ? Je crois que la vie adulte, quotidienne, comporte l’objectif secret et sournois de nous détourner de ces questions. Il est possible que la lassitude ait gagné du terrain tant la recherche de réponses à ces questions paraît vaine et décourageante.
Quelle dommage.
La mobilisation même de l’esprit autour de ces sujets génèrent des émotions étranges d’existence. Certes, l’ensemble de nos cognitions se retrouve rapidement plongé dans une impasse car l’appréhension des dimensions est limitée par l’esprit humain. Mais je ne parle pas ici du caractère intellectuel. J’évoque un sentiment. Un colossal sentiment de relativité et d’humilité. Il n’est pas loin d’ailleurs de ce qu’un simple levé de tête vers les firmament produit comme vertige, comme impression d’absurdité et de tension minuscule de la vie. Voilà bien des angoisses fort intéressantes que celles la mort, de l’immensité, du changement d’état, du devenir de l’âme, etc. La confrontation avec le rien et la vanité n’est sûrement pas un combat pour l’être humain.  La défaite n’est pas loin et pourtant, devons-nous nié le plaisir de cette bataille engagée contre ce qui nous attends tous au bout du compte ? Cette émotion précise, celle qui nage doucement jusqu’à la conscience, une émotion diffuse est l’une des seules attaches, à mon avis, qui nous permette de ne pas devenir fou.

Autrement dit, l’imaginaire et la réalité contre le vide, la mort et l’immensité.

Ensuite, il ne reste plus qu’à attendre qu’on vienne nous prendre la main…

Par Vanden - Publié dans : Monde Violet - Littérature
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Mardi 13 novembre 2007

brodeck.jpg Philippe Claudel est à mon avis l’un des auteurs contemporain les plus respectables de la langue française. Et pour cause, la langue n’est visiblement pas pour lui qu’un support de la pensée, elle prend davantage l’aspect d’une monumentale sculpture indépendante. Claudel est un travailleur de la langue, il ne se laisse pas aller aux impulsions et aux facilités, il cherche le bon mot, un lexique pointu, une construction méticuleuse. Ce qui d’ailleurs, lui vaut par certaines âmes somme toute égarées l’attribution d’un style qualifié de « lourd ». Il est remarquable qu’une forme en discontinuité totale avec notre époque, une forme lente, avec un vocabulaire désuet, recueille de telles critiques.

Le Rapport de Brodeck est à la hauteur des meilleurs Claudel. Suite à un enchaînement de circonstances particulières, un étranger nouvellement arrivé dans un petit village flou, est subitement assassiné par un grand nombre des habitants de celui-ci. Brodeck, un homme ravagé par un séjour en camp de concentration où on l’obligea à faire le chien, innocent du crime qui vient d’être commis, est invité de manière plus ou moins coercitive à écrire un rapport sur cette affaire. S’en suit un curieux flash back qui distille avec précision l’irruption de la lâcheté chez l’être humain et son goût pour le sacrifice. Claudel signe ici un récit universel, brodé sur fond de guerre, arrosé des images et des odeurs comme seul peut le transmettre l’auteur. Il nous rappelle qu’il n’existe pas de petites tragédies, et que la plupart de celles-ci ne dépendent pas d’exigences cosmiques mystérieuses mais bien d’une défaillance dans les interactions entre les êtres de notre espèce. Il nous démontre aussi à quel point le malheur envahit la vie de tous ceux qui se trouvent mêlés de près ou de loin à de tels catastrophes existentielles, bien sûr les victimes, mais aussi les agresseurs, taciturnes, aux affects émoussés, habitués à une sorte de vide émotionnel vertigineux. Chacun finit sa vie, « en titubant » comme le dirait Styron.

Un livre intelligent, formidablement bien écrit pour ceux qui aiment les styles denses et lents. Merci, monsieur Claudel, de nous rappeler ce qu’est la dignité

Par Vanden - Publié dans : Monde Violet - Littérature
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Vendredi 9 novembre 2007

impo13.jpg La plupart des avancées scientifiques ont souvent eu la conséquence (l’objectif ?) de réduire la prétention de l’homme quant à sa capacité d’appréhender et de rendre intelligible l’univers. L’étude des rayons a par exemple montré que l’homme ne voyait qu’une partie du spectre de la lumière, les éthologistes ont confirmé que des espèces animales ont certains sens bien plus développés que les nôtres, l’astronomie nous offre quelques magnifiques vertiges existentiels, l’étude des divers maladies nous suggère que l’organisme humain est extrêmement défaillant. Nietzsche écrivait : « Il lui [l’homme] en coûte déjà assez de reconnaître à quel point l’insecte ou l’oiseau perçoivent un monde tout autre que celui de l’homme, et de s’avouer que la question de savoir laquelle des perceptions est la plus juste est tout à fait absurde puisque y répondre nécessiterait d’abord qu’on les mesurât selon le critère de la perception juste, c’est à dire selon un critère dont ne dispose pas. »

impo1.jpg Depuis quelques temps je m’intéresse aux images dîtes impossibles. La raison en est simple, dans le cas de ce genre d’image (voir ci-contre) le cerveau ne parvient pas à finir sa représentation. Quelque chose cloche, quelque chose d’étrange. Ce phénomène est à mon sens fascinant car il ne s’agit bien évidemment pas d’un simple problème de perception mais bien d’un erreur cognitive digne de l’absurdité. Indépendamment de notre volonté, le cerveau ne peut maintenir cette situation conflictuelle et choisit invariablement l’une des perception donnée. En d’autres termes, les cognitions ne peuvent représenter et traiter cette image. Le processus est le même si je demande par exemple à quelqu’un de visualiser mentalement un chiliogone (polygone à mille côtés). Pourtant, tous ces objets existent.

Ils sont simplement hors de notre portée…

La réalité me semble subitement bien relative….

Par Vanden - Publié dans : Monde diamant - Esthétique
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