Fritz Zorn est mort à 32 ans d’un cancer. Il n’a écrit qu’un seul livre, un livre urgent. Et pour cause, il s’agit du témoignage de sa mort.
Mars (éd. Gallimard, 1979) est un éventail de pensées d’un homme (l’auteur) qui se découvre progressivement atteint d’une maladie incurable.
Non seulement l’ouvrage évoque cette agonie pénible d’être soudainement (et à un âge si jeune) confronté à la mort et à l’absurdité qui lui est inhérente, mais davantage, il nous entraîne dans le périple de toute une vie. Car Fritz Zorn se lance implicitement le défi spectaculaire d’expliquer pourquoi il va mourir. Autant dire que la tâche est colossale, pourriez-vous, vous-même, expliquer pourquoi vous allez mourir ?
Seulement voilà, l’auteur oppose à cette difficulté un dernier élan de vie, sublime et puissant, triste bien sûr, mais jamais pitoyable. Il ne fait aucun doute que le livre ne donne pas vraiment envie de sourire et il faut s’attendre à être bousculé. A noter d’ailleurs que certains psychanalystes se serviront des observations piquantes qui jalonnent le récit pour développer la théorie psychosomatique.
Le style utilisé relève lui aussi du défi puisque le lecteur s’accroche à cette dentelle littéraire, un langage très soutenu mais très aiguisé.
Parfois, quelques phrases plus légères percent dans l’ambiance solennelle du livre, à l’image de celle-ci : « Même si l’on part de l’hypothèse que Dieu n’existe pas, on devrait
positivement l’inventer rien que pour lui casser la gueule. » A voir aussi mon article Tout faire, tout le
temps
Un livre nécessaire, un livre magnifique, un grand livre.
Moi aussi, Monsieur Zorn, «je me déclare en état de guerre totale.»
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