Jeudi 23 octobre 2008

Je me demandais l’autre jour le nombre d’évènements merveilleux qui surviennent dans une journée. J’entends par « merveilleux » l’élévation d’un événement au rang poétique. Dit autrement, l’injection d’une émotion agréable à une perception qui, à première vue, semble banale. Prenons par exemple, un ennuyeux retour en voiture, seul, après une bonne journée de travail. Une route puante, des feux tricolores, le flux urbain de fumée, le bruit des moteurs, la succession des masses bétonnées pleines d’ordinateurs, la puissance mélancolique de la couleur grise des villes… Un tel environnement n’a rien de très joyeux, ni de très enrichissant. On peut même se demander comment l’être humain s’est débrouillé pour en arriver à une organisation si monotone. Une sorte d’appauvrissement général des choses.

Pourtant, je crois que l’esprit, par le biais de l’art et des rêveries notamment, peut transformer cette perception. Pour certains phénoménologues, c’est l’émotion qui organise notre rapport au monde (dit « Dasein » : « l’être au monde »). Aussi est-il remarquable de voir à quel point ce triste de trajet peut d’un seul coup être envahi par des particules de musiques, des idées métaphysiques, des phrases littéraires. De constater à quel point il est permis d’imprégner ces pauvres bâtiments d’imaginaire, de changer leur perspective, de les rendre gigantesque et pleins d’intrigues. Et il ne s’agit pas d’une évasion de l’esprit, bien au contraire : la pensée plonge dans le monde et le transforme, lui insufflant une nouvelle vigueur poétique. C’est à mon avis l’un des grands pouvoirs de l’art : celui d’être convoqué n’importe quand, et de rendre au monde, même dans ses recoins les plus pauvres, sa part de mystère et d’absurdité fantastique…

Par Vanden - Publié dans : Monde diamant - Esthétique
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Commentaires

Rousseau disait que pour l'homme, vivre c'était sentir. Et ne pas sentir ce qui nous environne, c'est n'être pas là tout simplement ! J'ai bien aimé ton exemple du trajet en voiture. N'est-ce pas là que bien de gens se retrouvent enfin avec eux-mêmes ! Et c'est, selon moi, l'endroit idéal pour écouter de la musique, seul ou avec la personne choisie.
Commentaire n°1 posté par Claudio le 26/10/2008 à 21h48
Claudio, Tout à fait d'accord avec ce phénomène de la sensation qui a une place majeure dans la manière dont l'Homme organise son rapport à l'environnement. En réalité, il y a de nombreuses situations banales qui peuvent d'un seul coup prendre une intensité soudaine. C'est peut-être l'une des clefs du bonheur : savoir rendre le monde admirable et poétique, n'importe ou, n'importe quand...
Commentaire n°2 posté par Jérémie le 03/11/2008 à 21h48

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