Monde Bleu - Pensées

Jeudi 4 septembre 2008

Je me disais, l’autre jour, qu’il serait bien appréciable de considérer la vie comme une lente expansion de soi dans le temps…

Admettons que notre présence sur Terre ressemble à une mystérieuse et poétique errance, que la plupart d’entre nous ont une sorte de confiance en la perduration de leur être (en l’absence de quoi nous nous serions déjà tous donnés la mort), que demain comporte assez d’intérêt pour nous laisser s’y mouler… Alors, me semble-t-il, l’inscription du monde dans l’économie psychologique de l’individu m’apparaît dotée d’un formidable mouvement dynamique : une sorte d’étirement de l’âme à la mesure du temps qui s’égrène… A quelle fin se destine cet étirement, et dans quelle direction celui-ci se déploie, voilà d’autres questions qui feront sans nul doute l’objet de commentaires ultérieurs…

Mais voici ce qui m’apaise au milieu de la densité poétique du monde : l’énergie indéfinie qui nous anime l’esprit, les émotions, la curiosité…, cette impression profonde qu’avec le temps la sensation d’existence devient plus familière, volée au milieu des heures errantes, usée avec un doux plaisir…

 

L’automne naissant nous dépose 676 nouveaux livres…

Bonne rentrée littéraire à tous,

Jérémie

Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Vendredi 27 juin 2008

Un certain nombre d’artiste aiment à dire que leur activité s’est imposée d’elle-même.

Quand bien même conjecturent-ils quelques vagues justifications sur la manière dont il dépense leur temps à créer, nombre d’entre eux évoquent une sorte de nécessité quasi ontologique, une pression intérieur, un engagement total vers l’univers de la construction mentale et des émotions. Cette impression colossale se ressent surtout lors des longues périodes assez cruelles pendant lesquelles l’artiste n’est pas à l’œuvre. Si, en raison de divers éléments de la vie quotidienne, il m’arrive parfois de ne pas écrire pendant plusieurs semaines, je sens l’accroissement d’une véritable tension. Aussi est-il possible que, parmi les nombreuses explications que l’on peut trouver pour expliquer l’activité artistique (voir ici), l’une d’elle consiste en un formidable soulagement.

Mais de quoi se soulage-t-on ?

Et bien, sans utiliser de concepts psychologiques trop complexes, il me semble que l’on se soulage de l’Enigme du monde. En soulevant, parfois lourdement, nos pensées, nos émotions, nos envies, en fabriquant des mondes imaginaires, des représentations, des mélodies narratives, musicales, idéiques, nous rendons la vie moins mystérieuse. Nous ré-expérimentons, avec nos pensées cette fois, l’intrigue de notre présence et de celle de l’univers. Bien sûr, ce que j’aime à nommer « L’Enigme Originelle » de notre présence ne trouve pas de solution, l’art n’apporte pas de solution d’ailleurs, mais nous nous approchons d’une sorte d’éprouvé qui nous engage avec la Terre, les autres, la vie.

Si je ne crois pas que l’art soit toujours la bonne méthode pour tout le monde (ici), il participe chez la plupart d’entre nous à un formidable mouvement d’éveil


 

Photo : Al Magnus (Aller voir cet artiste ! Ici)

Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Jeudi 15 mai 2008

Depuis tout petit je suis intrigué par le foisonnement du monde. Cette sorte d’abondance omnipotente et ubiquiste qui développe parfois de lénifiantes rêveries. Mais dans cette tentative d’accroche à l’existence, j’ai d’abord, dans mon jeune âge, naturellement penché pour une appréhension globale des choses. Je levais souvent la tête vers les étoiles, j’observais la force de la dimension de l’univers. L’intrigue existentielle venait de la largeur, du brouhaha, de l’opulence, du vaste, de l’existence totale et complète des choses. Il suffisait de mettre un pas dans la rue pour éprouver la présence même du monde, comme une claque au visage. Et ensuite, au fond de soi, les sensations tentaient d’organiser un minimum cette puissance innéité de l’existence.

Quoique j’ai gardé cette tendance stupéfaite à la considération spontanée, je m’aperçois avec les années que je suis de plus en plus sensible non plus à cette agitation globale, mais aux détails du monde. L’univers ne s’est pas simplifié pour autant et le rapport émotionnel est exactement du même ordre, que l’on plonge dans les profondeurs du vaste et de la présence éclatante des choses, ou bien que l’on se penche sur les mille saveurs de la succession des jours. Car le monde a un goût, et ce goût se trouve dans le parfum des rues, dans le sourire ou les pleurs des gens, dans les teintes lumineuses, dans les minuscules fascinations quotidiennes. Désormais, il s’agit de détecter les arômes de ce qui m’entoure.

Ce que l’on découvre alors est passionnant : mille milliards d’harmonie, de lutte et de subtilité poétique. D’où l’importance de savoir sublimer l’instant par ces éprouvés sporadiques. Je crois aussi que l’écriture participe à ce mouvement d’amplifier les choses à l’aide de telle ou telle histoire.

Quand Sartre décrit une journée, il dit que les « objets fixent l’existence »… En rentrant dans le détail, nous rentrons dans l’infini, et, par conséquent, dans l’abondance et la quiétude…


 

Peinture : Vladimir Kush

Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Vendredi 15 février 2008

undefined « Que reste-t-il de sa personne aux heures implacables où un homme se trouve seul avec lui-même ? »

Telle est la question que se pose l’un des personnages de La Vie Privée, une nouvelle de Thomas Mann, à propos d’un autre personnage dont la vie n’a d’intérêt qu’en société. Cette question, tandis que je lisais tard hier soir le fabuleux recueil intitulé La redevance du fantôme, m’a foudroyé sur place. Car de toute évidence, l’auteur s’interroge sur ce que nous sommes quand, une fois désengagés de la sphère publique, nous tentons d’entrevoir notre âme au regard du destin, parfois très vague, que nous tentons de nous construire un peu tous les jours.
Sans doute l’auteur ne souhaita-t-il pas s’embourber dans des considérations intellectuelles trop élevées, proche de l’inanité en évitant de se demander si la vie a un sens ou bien s’il ne faut pas supporter, tout simplement, l’absurdité environnante. Autrement dit, ne pas trop chercher à savoir, ne pas trop se poser de questions… Peut-être pour s’économiser maints tourments d’ailleurs.

Au contraire, nous sommes ici dans le domaine très concret de savoir ce que chacun d’entre nous fait de son existence, comment il manipule son quotidien pour obtenir les gratifications qu’il s’est sélectionné, les valeurs qu’il s’est crée pour s’orienter dans ce grand brouhaha d’animation cosmique.

Autant dire que Thomas Mann tape là où ça fait mal, car il filtre (il essore je dirai) en quelque sorte l’être pour en extraire l’essence fondamentale. Et alors, il se rend compte que son personnage n’a pas d’essence fondamentale. Bien sûr, sa question est à l‘image de ses personnages : elle est hantée.

Et, si, après tout, il n’est pas nécessaire de rendre des comptes sur ses actes aux autres, en est-il de même avec soi ?

Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 30 janvier 2008

Charnine_A_Day_in_the_Clouds.jpg « Le hasard c’est le déterminisme qui voyage incognito », écrit Gaston Bachelard à la suite de ses réflexions sur la science et ses objets. Depuis que l’être humain lutte pour améliorer son confort au milieu de l’âpreté de l’univers, il cherche à rendre son environnement intelligible et compréhensible. La meilleure preuve de compréhension d’un phénomène est de pouvoir le reproduire et ainsi, isoler le processus causal ou la combinaison de facteur qui a mené à l’occurrence de la chose. En prédisant un événement, par exemple une réaction chimique, nous injectons du déterminisme à la manifestation de ce même événement. Autrement dit, nous concevons que cette réaction devait apparaître car toutes les causes sous-jacentes en étaient réunies. Bien sûr, rendre le monde déterministe ne nous gêne pas, au contraire même, mais qu’en est-il si l’on souhaite étudier les comportements humains ? Voilà que tout se complique car nombre de spécialiste de la psychologie (disons des sciences humaines d’une manière général) essaient de comprendre ce qui produit un phénomène ou non. L’ouvrage est très utile dans le champs de la santé mentale ou de la prévention sociologique. Seulement voilà, en trouvant les causes de nos comportements, nous attribuons à ceux-ci une sorte destin inéluctable, déterminé, et causal : par exemple, certains expliquent les comportements violents comme le produit des interactions entre l’individu et son système familial.
Or, la mise en évidence de tous ces facteurs s’oppose au libre-arbitre. Si notre esprit est fait de tel et tel processus, nous ne sommes plus les maîtres de nous-même, nous ne sommes plus libres, chacun de nos gestes devait de toute façon arriver. Ainsi, si je pense de telle ou telle manière c’est peut-être dû à mon milieu social, au nombre de stimulation culturelle que j’ai reçue, à l’investissement psychologique que j’ai pu y mettre, etc, etc… Il y a là un paradoxe fondamental : l’Homme cherche à trouver les causes de ce qui l’anime afin d’être plus libre mais s’il les trouve il mettra à jour la toile déterministe qui contrôle tous ses idées et gestes.

Fort heureusement, au milieu du XXème siècle, la théorie du chaos est apparue comme notre grande sauveuse en prônant un nouvel angle de vue par le biais de la probabilité et de l’aléatoire. L’univers peut désormais être à la fois déterminé et chaotique. Mais il devient aussi inaccessible...

Donc, nous restons libres et angoissés…



Peinture : Vladimir Kush

Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mercredi 16 janvier 2008

atmosph--re-cath--drale.jpg L’atmosphère est un drôle de phénomène. Elle est partout et nulle part, nous suit dans toute nos redondantes explorations du monde, enveloppe ostensiblement notre être et mue à la vitesse de l’éclair. Quoique tout le monde ne perçoive guère l’ambiance qui les entoure chaque fois qu’ils font un pas, on ne peut nier l’existence d’une véritable pression du monde tout alentour. Et quand bien même la sensibilité ne s’active-t-elle pas dans toutes les situations de la vie (on passerait son temps dans la béatitude autrement), le cerveau, lui, enregistre de tous les signaux et s’ajuste à l’environnement. Ainsi peut-on se sentir bien dans une pièce, avec certaines personnes, avec telle musique, sans même sans rendre compte. La lumière est pour moi le grand chef d’orchestre et chaque fois qu’une activité comme l’écriture ou certaines activités professionnelles requièrent le calme d’un bureau, croyez-moi, je guette la moindre poésie qui gonfle les ombres.

Mais la question devient encore plus intéressante lorsqu’il s’agit de créer une atmosphère. C’est bien sûr l’un des soucis majeur de l’écrivain car bien plus qu’un simple arrière-fond à visée esthétique, il s’agit d’un véritable contenant pour les personnages. Et pour cause, ce qui souligne l’existant, c’est la lueur du monde. Une rencontre par exemple est souvent colorée par une scène particulière, un lieu, un incendie céleste , une pluie de feuilles d’automne, une tension dans les bruits et tous les autres sens. Bref, l’atmosphère permet au personnage de s’exprimer. Je crois qu’il en est de même dans la vie quotidienne : Si par exemple nous souhaitons nous déclarer à un être cher, la situation va devenir capitale. Aussi, lorsque l’être et ses sentiments sont en adéquation avec l’atmosphère qui l’habille, alors seulement, il peut se découvrir lui-même et devant l’autre, alors seulement, de singulières turbulences s’agitent et cristallisent l’instant.

L’atmosphère est peut-être la condition la plus fondamentale pour la liberté et l’échange
Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mardi 11 décembre 2007

Si, mué par quelques intrigues quant aux angoisses qui remuent normalement les êtres humains, on essaie d’établir un panorama général des phénomènes à fort potentiel perturbant, on se confronte rapidement, dans la littérature ou dans la vie quotidienne, au thème de l’absence. Combien d’auteurs ont tenté de peindre et de penser ce thème fort pénible ? Loin des considérations esthétiques et poétiques, l’absence est une bizarrerie psychique. Et pour cause, l’absence a différentes couleurs et quand bien même ai-je utilisé le terme de « pénible » pour désigner son évocation, le phénomène est bien plus nuancé.

L’absence, en réalité, loin de considérer qu’elle s’amuse avec la présence, fait exister les choses. Si les choses sont absentes, c’est qu’elle existent (y compris sous forme de représentation). Mais surtout, l’absence est une gigantesque surface de projection émotionnelle et historique.

Prenons le cas, le plus fréquent en littérature, de la disparition (le départ, la mort, la fuite, la séparation) d’un être cher. Au-delà des sentiments de tristesse, ou de joie selon, qui surviennent, il va se passer une variation étrange : la personne absente va continuer a exister dans l’esprit tout en étant déformée par de nouvelles attributions. En d’autres termes, nous fantasmons l’absence, et par ce biais, nous pouvons gratifier l’absent d’une idéalisation massive ou bien d’une dévalorisation qui peut lui être proportionnelle. Dans tous les cas, la personne disparue ne sera plus la même, mais modelée par nos émotions et nos souvenirs, des évocations peu fidèles, loin de l’objectivité.
L’absence est donc au-delà de la réalité, elle fait exister les personnes (dans notre exemple) en les transformant. Dans les cas positifs, l’absence devient un conte, à savoir une chaîne représentation, qui tisse l’histoire d’un être. La fiction en est la preuve suprême puisque l’écrivain travaille sur des personnages par définition absents. Fort de cette liberté, il peut alors manier des réalités à sa guise.
C’est toute la puissance parfois triste et tragique de l’absence : en extrayant les émotions, elle nous plonge directement au milieu d’un mouvement de tiraillement entre la réalité et notre monde interne…

Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 6 décembre 2007

non.jpg « Non. »

Combien de fois émettons-nous cet étrange son qui ressemble à une onde, qui marque l’arrêt, parfois brutal des discours, des comportements et des attitudes ? Comment un si petit mot, ce si petit bijou, parvient-il à prendre des proportions si colossales ?

Le terme « non » recèle en lui-même une singulière puissance. En jargon psychologique, on l’appelle un organisateur. Et pour cause, l’accession au non relève d’un processus complexe, loin de la banalité de son utilisation quotidienne. Et quand bien même la plupart des gens considèrent-t-ils ce mot avec indifférence, ils ne se rendent pas bien compte de l’enjeu existentiel qui se dissimule avec grand art derrière ces trois minuscule lettres. Il faut savoir que le non n’est pas un terme acquis d’emblée dans le langage et que sa survenue, après 1 an d’existence, est une véritable révolution sociale et psychique. C’est à ce titre que le non a le statut d’un organisateur, c’est à dire le vecteur de tout un ensemble de processus qui s’assemblent pour que l’être se développe et accroisse sa relation avec le monde.

Pour l’enfant, l’émission d’un non est le signe tangible d’une affirmation identitaire. Par cette opposition, non seulement il signifie à son entourage qu’il est capable de le juger, mais davantage, il lui apprend qu’il est désormais une personne unique et différenciée, capable de s’exclure des volontés externes (souvent celle des parents). Aussi d’ailleurs, bon nombre d’enfants en profitent et testent, d’une certaine manière, la solidité de leur existence par la redondance à bien des reprises irrationnelles de leur nouveau pouvoir. Autrement dit, dire « non » équivaut à dire « je » et façonne par là même les premiers choix ontologiques de l’être.

En somme, le non est un processus vital de dégagement de l’être et un outil remarquable pour commencer la création de son propre univers mental.

Je crois que l’écriture est une forme évoluée du non originel, une sorte de gigantesque refus de l’absurdité du monde et un moyen fécond pour conserver la tension identitaire.

Non ?

Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Vendredi 23 novembre 2007

route.jpg Comment, si l’on se lançait l’objectif prétentieux et presque hors de toute tentative ambitieuse de conceptualisation humaine, pourrait-on évoquer la vie ? D’aucune manière il ne s’agit de définir la vie et quand bien même le défi est-il des plus passionnant, l’espace accordé par le support du blog ne suffirait de toute évidence pas à présenter toutes les nuances que mérite un tel questionnement.
Si l’on s’en tient à considérer que les production de l’esprit, y compris les plus scientifiques ne sont qu’une approximation de la réalité, il me semble dès lors qu’il est possible de se lancer dans la délicate tache d’évoquer, simplement d’évoquer, la vie. A cet égard, est-il préférable de soutenir l’idée que la vie consiste en sorte d’animation cosmique et que finalement, tout ce qui obéit à ce mouvement d’animation est vivant. L’intuition est vague et ne peut que le rester tant ces questions sont abstraites, mais je crois que le vivant consiste en une tension générale du rapport au monde, à l’univers. Aussi l’être humain serait-il soumis à ce mouvement global et conflictuel qui l’oppose non pas vraiment au rien, mais plutôt à cette perte de tension (ce que Freud nommait en son temps le Nirvana).

Ainsi ne crois-je pas à l’instar de Sartre par exemple que c’est l’émotion qui organise les rapports de l’être avec le monde. Les modèles ontologiques proposés par la psychologie en appellent davantage à une sorte de conflit permanent qui se déroulerait à l’intérieur même de l’être et qui le maintiendrait dans ce rapport. Il faut noter qu’au stade très primaire de la cellule, des conflits aussi existent. L’être, ensuite, se façonnerait soit un rapport déficitaire au monde soit, au contraire, un rapport d’enrichissement colossal du monde vers l’être et inversement.

Dit autrement, l’épanouissement contre la non-vie

Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 6 novembre 2007

Ce billet est la suite de celui-ci.

 

Les écrivains, amateurs ou non, portent un lourd fardeau : lorsqu’ils sont plongés dans une plaisante lecture, ils font l’expérience fréquente de buter sur certaines phrases. On observe comment l’auteur a construit sa prose et on s’observe soi-même pour voir si le travail littéraire de ce dernier produit sur nous un mystérieux effet. Ce phénomène est épuisant et, disons-le, parfois ennuyant. Il est aisé, une fois l’esprit soumis à de telles motivations, de perdre la fluidité et, par conséquent, la qualité de la lecture. C’est plus fort que nous, on cherche finalement cette fameuse recette dont tout le monde murmure qu’elle n’existe pas.

Les phrases d’un texte me paraissent souvent inégales, plus ou moins appuyées. On sent parfois que la plume de l’auteur s’est levée un court instant pour attendre que l’esprit, à toute vitesse, formule de nouveaux wagons poétiques à sa prose. La belle phrase est un phénomène différent de la belle écriture. Sans doute se distingue-t-elle en premier lieu par son caractère surprenant. J’ai longtemps cherché ce que pouvait être une belle phrase, j’ai convoqué à la réflexion un certain nombre de phénomènes pour déterminer ce qu’était une belle phrase avec la finalité non déguisée de pouvoir en créer : Aussi peut-on se pencher sur la grammaire, la justesse du vocabulaire, la pertinence, l’intelligence du propos, la coercition des images contenues dans les mots, le déclenchement de réactions physiologiques (pleurs, rires, surprise, joie…), le travail de sculpture (la conjugaison par exemple), la clarté, la simplicité, la capacité à synthétiser une idée, etc, etc… Les critères sont innombrables et probablement que chacun d'entre nous peut définir ceux qu’ils considèrent comme les plus important.

Mais tout de même, il me semble qu’il existe un invariant et une méthode pour reconnaître une belle phrase.

Une belle phrase est d’abord la création d’un bouleversement délicieux, une explosion du rythme de lecture, soit par continuité (bouquet final), soit par rupture (de l’histoire, de la mélodie littéraire). Elle aspire subitement la pensée, l’émotion ou fait dériver les images mentales. Elle résonne avec des bruits lointains cachés au fond de nous, des peurs, des désirs, des façons de voir, ou par l’extraordinaire sensation ressentie lorsque l’on est en face d’une pensée intéressante et parfaitement posée. Je crois que la belle phrase est celle qui renouvelle, à un moment précis, le récit, la pensée ou l’émotion que l’on est en train de se soumettre.
C’est la force de la beauté, celle de rompre avec ce qui l’entoure…

Par Vanden
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus