Ce billet est la suite de celui-ci.
Les écrivains, amateurs ou non, portent un lourd fardeau : lorsqu’ils sont plongés dans une plaisante
lecture, ils font l’expérience fréquente de buter sur certaines phrases. On observe comment l’auteur a construit sa prose et on s’observe soi-même pour voir si le travail littéraire de ce dernier
produit sur nous un mystérieux effet. Ce phénomène est épuisant et, disons-le, parfois ennuyant. Il est aisé, une fois l’esprit soumis à de telles motivations, de perdre la fluidité et, par
conséquent, la qualité de la lecture. C’est plus fort que nous, on cherche finalement cette fameuse recette dont tout le monde murmure qu’elle n’existe pas.
Les phrases d’un texte me paraissent souvent inégales, plus ou moins appuyées. On sent parfois que la plume de l’auteur s’est levée un court instant pour attendre que l’esprit, à toute vitesse,
formule de nouveaux wagons poétiques à sa prose. La belle phrase est un phénomène différent de la belle écriture. Sans doute se distingue-t-elle en premier
lieu par son caractère surprenant. J’ai longtemps cherché ce que pouvait être une belle phrase, j’ai convoqué à la réflexion un certain nombre de phénomènes pour déterminer ce
qu’était une belle phrase avec la finalité non déguisée de pouvoir en créer : Aussi peut-on se pencher sur la grammaire, la justesse du vocabulaire, la
pertinence, l’intelligence du propos, la coercition des images contenues dans les mots, le déclenchement de réactions physiologiques (pleurs,
rires, surprise, joie…), le travail de sculpture (la conjugaison par exemple), la clarté, la simplicité, la capacité à synthétiser une idée,
etc, etc… Les critères sont innombrables et probablement que chacun d'entre nous peut définir ceux qu’ils considèrent comme les plus important.
Mais tout de même, il me semble qu’il existe un invariant et une méthode pour reconnaître une belle phrase.
Une belle phrase est d’abord la création d’un bouleversement délicieux, une explosion du rythme de lecture, soit par continuité (bouquet final), soit par rupture (de l’histoire,
de la mélodie littéraire). Elle aspire subitement la pensée, l’émotion ou fait dériver les images mentales. Elle résonne avec des bruits lointains cachés au fond de nous, des
peurs, des désirs, des façons de voir, ou par l’extraordinaire sensation ressentie lorsque l’on est en face d’une pensée intéressante et parfaitement posée. Je crois que la belle phrase est celle
qui renouvelle, à un moment précis, le récit, la pensée ou l’émotion que l’on est en train de se soumettre.
C’est la force de la beauté, celle de rompre avec ce qui l’entoure…
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