Monde diamant - Esthétique

Jeudi 23 octobre 2008

Je me demandais l’autre jour le nombre d’évènements merveilleux qui surviennent dans une journée. J’entends par « merveilleux » l’élévation d’un événement au rang poétique. Dit autrement, l’injection d’une émotion agréable à une perception qui, à première vue, semble banale. Prenons par exemple, un ennuyeux retour en voiture, seul, après une bonne journée de travail. Une route puante, des feux tricolores, le flux urbain de fumée, le bruit des moteurs, la succession des masses bétonnées pleines d’ordinateurs, la puissance mélancolique de la couleur grise des villes… Un tel environnement n’a rien de très joyeux, ni de très enrichissant. On peut même se demander comment l’être humain s’est débrouillé pour en arriver à une organisation si monotone. Une sorte d’appauvrissement général des choses.

Pourtant, je crois que l’esprit, par le biais de l’art et des rêveries notamment, peut transformer cette perception. Pour certains phénoménologues, c’est l’émotion qui organise notre rapport au monde (dit « Dasein » : « l’être au monde »). Aussi est-il remarquable de voir à quel point ce triste de trajet peut d’un seul coup être envahi par des particules de musiques, des idées métaphysiques, des phrases littéraires. De constater à quel point il est permis d’imprégner ces pauvres bâtiments d’imaginaire, de changer leur perspective, de les rendre gigantesque et pleins d’intrigues. Et il ne s’agit pas d’une évasion de l’esprit, bien au contraire : la pensée plonge dans le monde et le transforme, lui insufflant une nouvelle vigueur poétique. C’est à mon avis l’un des grands pouvoirs de l’art : celui d’être convoqué n’importe quand, et de rendre au monde, même dans ses recoins les plus pauvres, sa part de mystère et d’absurdité fantastique…

Par Vanden
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Jeudi 25 septembre 2008

Que le monde apparaisse comme une vaste dimension dans le champ de la conscience, que l’étrange ordre des choses bouscule spontanément les émotions universelles, que notre existence s’accommode, parfois difficilement, de vastes inquiétudes inhérentes à son caractère éphémère, il n’en résulte pas moins l’intuition singulière d’une ténébreuse intrigue de l’univers. Une intrigue imposante, dense, décalée. Une sorte d’articulation grandiose des éléments et des lois qui régissent leurs comportements. Je ne dis pas que l’univers a une intention, sinon quoi le concept de dieu prendrait une ampleur inintelligible, mais plutôt que notre monde ressemble à une grande partition cosmique.

Je suis en train de lire le numéro hors série de Science et Vie qui retrace l’histoire de la compréhension de la matière en physique et astrophysique. Le magazine est assez vulgarisé pour être accessible (même si mon cerveau peine encore à comprendre le raisonnement de certains génies des sciences !) et se révèle absolument passionnant. A croire tous ces scientifiques, nous sommes plongés dans un immense jeu de force et d’énergie qui se livre au grand jeu de la création : des galaxies, des planètes, des êtres…

Outre de saisir par les idées et les mathématiques l’arrangement générale de ces phénomènes, on ne peut que s’interroger sur la validité quotidienne que l’on fait de notre réalité. On ne se pose pas la question, bien sûr, de savoir si ce que je vis est bien présent (on deviendrait tous fous à force) mais considérer que le temps peut se déformer, que des dimensions parallèles existent aux nôtres (non ce n’est pas de la science fiction), qu’à des degrés infimes, mon bureau n’est qu’une multitude de cordes musicales en mouvement, que d’immenses trous noirs se baladent au milieu du cosmos…, montrent à quel point nous sommes précisément envahis d’une lourde invraisemblance

Ou plutôt, devrais-je dire, d’une merveilleuse magie 

Par Vanden
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Jeudi 29 mai 2008

Lorsque l’activité humaine se voit soumise à la réflexion et à l’étude, elle s’habille rapidement de concepts et de brouillards… La notion de « style » en littérature fait parti pour moi des abstractions mentales vaguement perdues au loin, dans une couche de brume, au détour d’une sombre ruelle. Je viens de parcourir un article fort intéressant (ICI) sur le sujet. L’auteur cite notamment Flaubert pour qui le style est « une manière absolue de voir les choses », ou encore « une transformation que l’écrivain imprime au matériau du monde. » Je suis séduit par cette idée que la littérature (l’art en général) modèle l’univers dans une dimension autre que celle de la réalité immédiate. Le style attrape le monde, le pétrit, le masse, le tord, l’aplatit, l’étire, il hisse courageusement un nouvel univers au beau milieu de l’existence concrète. Mais notons que le style est un esthétisme, une manière d’attacher ensemble une grappe de signifiants. Il est très difficile à définir, on le sent intuitivement à la lecture, et les adeptes du pastiche ont fait un art cette captation de l’outils de l’écrivain. Ce qui reste nébuleux à mes yeux, c’est la pression qu’exerce l’actualité sur cet esthétisme. Disons le franchement : le style dépend de la mode. La société surveille l’écrivain, et si aujourd’hui ce dernier fait jaillir du monde un subjonctif imparfait, mieux vaut qu’il se prépare à être placé dans un musée, immobile et inintéressant.

J’ai choisi pour mon roman un style extrêmement dense, peut-être trop d’ailleurs, ayant pour but d’illustrer, entre autre, l’épaisseur du monde. Mais voilà que je reçois un mail d’une maison m’annonçant que « le style ne leur convient pas » (pour un exemple du style du roman voir un extrait ici).

Je comprends tout à fait, chaque maison a le droit de définir les livres qu’elle veut publier, et je ne m’en offusque pas. C’est simplement que je suis bien embêté maintenant : Comment transformer le monde indépendamment de la mode ambiante ? Comment se faire plaisir par l'écriture tout en essayant de capter un lectorat ? Dois-je me mettre à une littérature rapide, efficace, plus directe ? 

Ah c’est pas simple du tout…

Par Vanden
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Samedi 8 mars 2008

vTlXBj.jpeg Je viens de lire un article très intéressant dans le magasine Ecrire, n°101, qui établit une distinction entre le Beau et le Sublime.

En s’appuyant sur Kant, Marie Martin, la journaliste, associe le Beau à une impression d’harmonie ; de complétude, « une exquise proportion entre le tout et les parties ». « Le beau, écrit-elle, nous touche mais il ne nous transporte pas, il se suffit à lui-même. »

En revanche, la propriété première du Sublime est celle du transport. Il enveloppe notre âme, amplifie le réel, participe à un gigantesque et colossal mouvement de gonflement du monde, et nous élève tout entier à des dimensions ineffables. Pour l’auteur, trois conditions sont nécessaires : « Il faut être touché, être transporté, être submergé. » Et elle prend des exemples : « Le spectacle d’une prairie en fleurs peut être beau ; mais celui d’une tempête à la pointe du Raz peut être sublime. »

Pour ma part, je comprends parfaitement où elle veut en venir. Il existe dans la littérature de véritables envolées existentielles ; de celles qui consolent un peu du monde et qui participent à l’accroissement des êtres. Le sublime est probablement une finalité en soi car il s’associent à la plus formidable des émotions : l’émerveillement.

 

 

« Par une sombre route déserte, hantée de mauvais anges seuls, où une Idole, nommée Nuit, sur un trône noir règne debout, je ne suis arrivé en ces terres-ci que nouvellement d’une extrême et vague Thulée »

Edgar Poe – Terre de songe – Poèmes.

 

« Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe,

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs. »

Victor Hugo – Les Contemplations.

 

« De l’éternel Azur la sereine ironie

Accable, belle indolemment comme les fleurs,

Le poète impuissant qui maudit son génie

A travers un désert stérile de douleurs. »

Stéphane Mallarmé – Poésies.

 

Les deux autres billets sur la belle phrase sont ICI et ICI.

Par Vanden
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Mardi 26 février 2008

atlas.jpg Le monde des songes est un phénomène fascinant. Quelle drôle de sensation ressent-on lorsque, passionné par l’étrange univers des humains, on s’intéresse au théâtre privé de nos pensées ? D’innombrables essais grossiers échoueraient à décliner nos songes et sans doute une telle activité comporterait-elle d’ailleurs peu d’intérêt. Mais si l’on prend quelques manifestations sporadiques, on observe un époustouflant monde vivant.
Je veux d'abord parler des idées, ces singulières compositions qui peuplent nos esprits. Car loin de n’être qu’un stratagème efficace pour survivre dans un environnement, l’idée est un phénomène profondément poétique. Aussi est-il incroyable de voir à quel point la vie ne suffit pas à l’Homme et dans quelle mesure il se dépense pour inventer des connaissances sur lui-même et son environnement. Or, au-delà de la recherche d’efficacité, l’idée, par son caractère spontané et brutale, éphémère et mortel, contient de la passion. C’est à cet égard, me semble-t-il, qu’elle peut s’élever au statut de poésie. Comme le vers, l’idée engage l’être avec le monde.

L’idée est un lien vers l’état des choses.

Il en est de même pour les rêveries et le maniement délectable des pensées douces et réconfortantes, de l’élévation imaginaire de la réalité, de l’infiltration onirique de l’existence, de la dégustation volontaire du vagabondage des représentations. Que dire de nos errances méditatives, de l’effort déraisonnable à pratiquer de la sensualité rêveuse, de la vanité des abstractions ?

Rien.

Seulement, arrêtons-nous un instant, juste un instant, sur ce monde et cette vie des songes qui semblent s’ériger au-dessus du temps, de l’espace et des populations ; un monde et une vie peut-être inutiles ou néfastes, mais auxquels nous sommes entièrement soumis.


Peinture : Vladimir Kush

Par Vanden
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Mardi 27 novembre 2007

Il existe, parmi certains poètes et certains scientifiques du développement, des personnes qui se sont posées une drôle de question : Motivées par l’Enigme, elles se sont demandées quelle était la première impression de l’être, c’est à dire celle d’un bébé qui découvre le monde dans lequel il va désormais devoir se façonner un avenir et maintenir la tension générale que l’on nomme la vie.

Sans doute l’estimation d’un tel sentiment est-elle risquée tant il est difficile d’évaluer ce que ressent un nouveau-né et l’on ne peut guère procéder par déduction logique. La méthode est donc problématique. Pourtant, d’aucuns ont fait le pari et toujours est-il que j’ai retenu l’idée que l’on vivait tous, au moment de notre naissance, un bouleversement esthétique. Ce bouleversement, dans le sens d’un traumatisme positif, serait la caractéristique la plus saillante de notre arrivée au monde. Autrement dit, une sorte de colossale impression esthétique. De toute évidence l’esthétisme désigne ici la forme du monde au sens global :  comment ce dernier est fait, comment il sent, comment il est dur ou mou, etc. Plus tard l’enfant apprendra les lois qui le régissent, notamment les lois physiques et les lois relationnelles entre les êtres humains.

En attendant, craignant que le monde n’attirasse davantage d’effroi, nous nous plongeons en entier dans celui-ci, comme une captation immédiate qui en appelle à tous nos sens. Probablement cette expérience primaire paraît-elle lointaine et peut-être un peu poétique, mais ne la négligeons pas pour autant car nous avons tous, lors de ce moment fondamental de notre aspiration vers le réel, découvert ce monde, notre monde, la manière dont il est fait.
Après tout, pouvons-nous imaginer qu’il en eût été bien autrement ? Bien sûr.

Alors... qui a été déçu ?

image : Carmen Meyer

Par Vanden
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Mardi 20 novembre 2007
annabel-lee.jpg Une fois n'est pas coutume, c'est aujourd'hui un poème que je souhaite partager, dans l'attente du billet qui va suivre sur l'auteur. Une si mélancolique mélodie ne peut à ma connaisssance n'être attribuée qu'à Edgar Allan Poe. Il ne nous reste plus qu'à écouter avec le coeur...

ANNABEL LEE


Il y a mainte et mainte année, dans un royaume près de la mer, vivait une jeune fille, que vous pouvez connaître  par son nom d'ANNABEL LEE, et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée que d'aimer et d'être aimée de moi.

J'étais un enfant, et elle était un enfant, dans ce royaume près de la mer ; mais nous nous aimions d'un amour qui était plus que de l'amour - moi et mon ANNABEL LEE ;  d'un amour que les séraphins ailés des Cieux convoitaient à elle et à moi.

Et ce fut la raison qu'il y a longtemps - un vent souffla d'un nuage, glaçant ma belle ANNABEL LEE ; de sorte que ses proches de haute lignée vinrent et me l'enlevèrent, pour l'enfermer dans un sépulcre, en ce royaume près de la mer.

Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux, vinrent, nous enviant, elle et moi. Oui! ce fut la raison (comme tous les hommes le savent dans ce royaume près de la mer) pourquoi le vent sortit du nuage la nuit, glaçant et tuant mon ANNABEL LEE.

Car la lune jamais ne rayonne sans m'apporter des songes de la belle ANNABEL LEE ; et les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les yeux brillants de la belle ANNABEL LEE ; et ainsi, toute l'heure de nuit, je repose à côté de ma chérie, - de ma chérie, - ma vie sans épouse, dans ce sépulcre près de la mer, dans sa tombe près de la bruyante mer.

Mais, pour notre amour, il était plus fort de tout un monde que l'amour de ceux plus âgés que nous ; - de plusieurs de tout un monde plus sages que nous, - et ni les anges là-haut dans les cieux, ni les démons de la mer, ne peuvent jamais disjoindre mon âme de l'âme de la très belle ANNABEL LEE.

Traduction : Stéphane Mallarmé
La typographie de la traduction de Mallarmé est respectée.


Par Vanden
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Vendredi 9 novembre 2007

impo13.jpg La plupart des avancées scientifiques ont souvent eu la conséquence (l’objectif ?) de réduire la prétention de l’homme quant à sa capacité d’appréhender et de rendre intelligible l’univers. L’étude des rayons a par exemple montré que l’homme ne voyait qu’une partie du spectre de la lumière, les éthologistes ont confirmé que des espèces animales ont certains sens bien plus développés que les nôtres, l’astronomie nous offre quelques magnifiques vertiges existentiels, l’étude des divers maladies nous suggère que l’organisme humain est extrêmement défaillant. Nietzsche écrivait : « Il lui [l’homme] en coûte déjà assez de reconnaître à quel point l’insecte ou l’oiseau perçoivent un monde tout autre que celui de l’homme, et de s’avouer que la question de savoir laquelle des perceptions est la plus juste est tout à fait absurde puisque y répondre nécessiterait d’abord qu’on les mesurât selon le critère de la perception juste, c’est à dire selon un critère dont ne dispose pas. »

impo1.jpg Depuis quelques temps je m’intéresse aux images dîtes impossibles. La raison en est simple, dans le cas de ce genre d’image (voir ci-contre) le cerveau ne parvient pas à finir sa représentation. Quelque chose cloche, quelque chose d’étrange. Ce phénomène est à mon sens fascinant car il ne s’agit bien évidemment pas d’un simple problème de perception mais bien d’un erreur cognitive digne de l’absurdité. Indépendamment de notre volonté, le cerveau ne peut maintenir cette situation conflictuelle et choisit invariablement l’une des perception donnée. En d’autres termes, les cognitions ne peuvent représenter et traiter cette image. Le processus est le même si je demande par exemple à quelqu’un de visualiser mentalement un chiliogone (polygone à mille côtés). Pourtant, tous ces objets existent.

Ils sont simplement hors de notre portée…

La réalité me semble subitement bien relative….

Par Vanden
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Lundi 22 octobre 2007

pierrot.jpg Comment, lorsque les lumières s’adoucissent de leur éphémère déclin, regarder le crépuscule soulever la lumière des êtres et des choses ? Comment maintenir une vigilance existentielle sur le monde et ses bouillonnements ? Avec quelle émotion accompagner cette plongée profonde vers les existants ? Pourquoi écrire l’état d’une réalité quand la sentir est déjà si envahissant ? Quelle enveloppe affective peut nous protéger des tourments ? De quel destin se contenter, à la délicate limite de notre force ? Quelle malice se cache derrière ses nuages de feu qui font gonfler des émotions bouleversantes d’existence ? Avec quelles idées caresser les impressions chaotiques dont se pare élégamment l’univers ? Quelle odeur croire, parmi celles des pêches, des framboises, des fugaces piqûres de miel et d’épices ? A quelle hauteur voler entre la terre et le ciel ? Pourquoi le frisson est-il la sensation la plus aboutie pour embrasser l’Enigme ? Vers quel rêve creuser son chemin ? De quelle blague cosmique tombe cette singulère ombre ?

L’apaisement est encore si loin…


Peinture : P. Giroud

Par Vanden
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Jeudi 21 juin 2007

Contemplation-by-Fuzzy-800x600.jpg A quoi ressemble un petit écrivain qui a envie d’écrire de grands livres ? Et dans le cas précis où sa compagne est une lucidité affligeante qui lui rappelle sans cesse les heures de travail qu’il lui reste à faire s’il veut progresser ?

Et bien il ressemble à peu près à une peluche violette qui passe son temps le nez à sa fenêtre à regarder les nuages glisser dans les cieux. Les teintes vespérales lui animent de tendres émotions, la fragrance des herbes l’invite au voyage, le lavis turquoise le tourmente légèrement. Il croit qu’aujourd’hui le monde a mis beaucoup de lumière pour exister. Mais qu’il a bien fait de laisser derrière le soleil des flambées rougeoyantes. Il pense que le chant des oiseaux contient à lui seul tous les mystères de l’univers. Il admet qu’il ne connaît pas ce sentiment qui se balade depuis tout à l’heure dans son corps. Il se lamente du caractère infini de la beauté, sans trop savoir pourquoi. Il rit parce que le monde est trop pour une vie. Il sent l’odeur dense et acide des fleurs bavardes. Il proteste contre Dieu sur l’ordre de l’univers. Il fulmine une alternative, de nouveaux personnages, il se persuade qu’au fond de lui un livre est caché dans le creux de son ventre.

Il contemple encore une fois, il n’avait pas remarqué le faisceau rosé sur le tronc du cerisier. Il a le menton bien calé sur ses bras croisés, on dirait un enfant. Il attend qu’une étoile lui parle. Comme hier soir. Et avant-hier.

Il tonne contre les verbes et la langue, indomptables. Sans doute les mots ne se confondent-ils pas avec les choses.

Ce soir il va rêver, de vastes royaumes, de héros blessés, d’émotions dissimulées dans des coins de grammaire.

Et de nouveau, il va se dire que maintes rêveries sont encore délicieusement secrètes.

Avec impatience.

Par Vanden
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